« Avoir les yeux sauvagement ouverts sur le monde. »

« Avoir les yeux sauvagement ouverts sur le monde. »

1860 1248 Margot

Eyes Wild Open.

Rencontre avec Marie Sordat, commissaire de l’exposition et photographe.

Marie Sordat n’a pas étudié la photographie. Lors de son concours d’entrée en cinéma à l’INSAS (Bruxelles), elle est amenée à passer une épreuve photo en argentique noir et blanc. Son amour de la photo voit alors le jour, bien qu’elle poursuive ses études en cinéma. La jeune femme fait son apprentissage de la photographie elle-même, à travers les livres. Elle parle de son « premier choc visuel ».

Depuis, Marie Sordat s’est affirmée par et dans la photographie, et l’enseigne à son tour à l’INSAS. Mais son amour et son envie de photographie continuent aussi à se déployer ailleurs… Une idée tenace germe dans sa tête : retracer une histoire de la photo jamais écrite auparavant, une histoire de « la photographie qui tremble ». Un défi de taille.

En 2013, Marie Sordat écrit les prémisses de cet ambitieux projet. « Je souhaitais mettre en valeur le regard de ces « outsiders », ces punks de la photo comme on dit. » Une photographie dite alternative, avec un regard sur le monde sans concession, sans jugement moral et sans pudeur. Au départ, elle imagine combiner le travail de six photographes, les plus jeunes, appartenant à cette famille informelle : Alisa Resnik, Stéphane Charpentier, Arja Hyytiäinen, Gabrielle Duplantier, Gilles Roudière et Yusuf Sevincli.

© Alisa Resnik

Lorsqu’elle propose son projet à Marie Papazoglou, directrice d’exposition au Botanique, celle-ci lui répond « Mais pourquoi se limiter à seulement six photographes ? Pourquoi ne pas tous les montrer ? » A chaque fois que Marie Sordat présente son projet, ces mêmes retours lui sont faits. Alors très bien ! Mais si le formuler sur papier était une chose, le mettre en œuvre fut une autre paire de manches… Tous les contacter, faire une sélection des images exposées, trouver les originaux. Quatre années, c’est le temps qu’il aura fallu à la commissaire pour venir à bout de ce magnifique projet.

L’exposition Eyes Wild Open présente le travail de 27 photographes de 16 nationalités différentes, couvrant ensemble tout le 20e siècle. Connaissant des conflits sans précédents et des avancées technologiques et démocratiques fulgurantes, cette période marque un tournant dans l’histoire de l’humanité. Les échos de ces bouleversements résonnent dans les travaux présentés.

Marie Sordat ne voulait pas seulement les rassembler, elle souhaitait faire naître des résonnances entre les photos des différents artistes exposés. Un métrage par photographe. 3 à 10 photos par artistes dans une scénographie méticuleusement pensée. Elle permet de ressentir que certains de ces auteurs ont fortement influencé le travail de leurs pairs, dans une dimension stylistique mais aussi par leur façon de vivre.

Bien qu’elle ne soit pas définie comme telle, cette famille de photographes représente pour Marie Sordat une filiation de l’humanisme, avec un regard à hauteur d’homme. Un regard qui propose des questions sur la société plutôt que des réponses.

Une exposition pleine d’humanité à ne pas rater.

Et pour ne pas en louper une seule miette, un livre reprenant toutes les photos de l’exposition a minutieusement été réalisé.


Eyes Wild Open, jusqu’au dimanche 22 avril au Botanique (rue Royale, 236 – 1210 Bruxelles).

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