That’s the way you do it, Ioanna Sakellaraki

That’s the way you do it, Ioanna Sakellaraki

1300 867 Margot

BrowniE vous a promis de présenter ses coups de coeur du festival Liège Photobook !

Nous commençons avec That’s the way you do it, le (projet de) livre photo de Ioanna Sakellaraki, à qui nous avons posé quelques questions.

Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours photographique ?

Je suis une photographe documentaire grecque actuellement basée à Bruxelles. Je suis diplômée  en photographie, journalisme et culture urbaine.

Ma pratique photographique  consiste à mettre en lumière, à créer une sorte de cartographie esthétique du contexte historique et contemporain, des interactions entre les formes de pouvoirs  sociales et mondiales. J’ai pu partager mon travail lors de trois expositions individuelles et plusieurs expositions collectives en Europe. Je travaille également comme contributeur pour Barcroft Media et Caters News qui fournissent des contenus photographiques aux principaux médias mondiaux comme CNN, The Guardian, The Telegraph, Getty Images etc. Par mon travail, j’ai tendance à regarder en arrière, à ré-imaginer le monde dans lequel nous vivions et observer ce qui en reste aujourd’hui. Je suis intéressée par l’exploration de la ligne fine entre l’isolement et l’obsession en posant mon regard sur la connexion entre les humains et les lieux qu’ils habitent. Je fais l’effort de non seulement transmettre l’évidence mais aussi les petites histoires derrière mes sujets. J’aime me concentrer sur les détails imperceptibles et les utiliser pour développer ma narration. Par conséquent, travailler sur le format du livre m’aide à créer un tout nouvel univers à partir de mes idées.

Parlez-nous du projet photo au coeur de votre publication…

Il y a un an et demi, après le décès de mon père, ma mère a voulu construire une chapelle dans notre jardin en son honneur . Après sa construction, j’ai soigneusement suivi et documenté la vie de ma mère et son processus de guérison après la perte de l’homme avec lequel elle avait passé ces 45 dernières années. En Grèce, pendant les occupations étrangères successives, l’Eglise a toujours été le principal protecteur de la culture et des traditions. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, elle a conservé une grande influence sociale, économique et politique. Pour la première fois, la religion est devenue une partie intégrante de notre famille et j’étais très curieuse d’en être le témoin à travers le comportement de ma mère. L’idée de la chapelle revient dans le livre tel un motif. En Grèce, des centaines de chapelles privées sont construites dans les villes et les campagnes. Elles servent de sanctuaires aux victimes d’accidents de la route ou sont érigées en tant que monuments aux saints. Derrière la représentation se trouve l’histoire de l’individu cherchant refuge dans un système plus large : celui des traditions religieuses et des croyances culturelles qui forment la base de la société grecque. Ce qui m’intéresse dans ce travail, c’est l’idée que derrière ce que nous voyons, ce que nous ressentons, ce que nous exprimons comme désir et ce que nous croyons possible, se cache le filtre et la contrainte de la société.

Pourquoi avoir choisi la forme d’un livre photo pour présenter ce travail ? A-t-il fait ou fera-t-il également l’objet d’une exposition, d’un site web dédié, de comptes sur les réseaux sociaux… ? Si oui, comment s’articulent ces différents modes de partage au public ?

Le livre est présenté dans un format A5 permettant de conserver l’intimité et la fragilité de l’histoire à l’intérieur de celui-ci. Toutes les photos sont prises en format moyen analogique. Le texte à la fin du livre est repris dans une série de citations réparties tout au long de l’ouvrage. Ma volonté en utilisant cette mise en page est de rappeler au lecteur un livre de prière ou encore un manuel de bonnes manières ou comportements. C’est de là que vient le titre du livre. Les photos de ce projet ont été exposées en tant que séries séparées. Elles font partie de mon travail autour du foyer et de l’identité. Sous le titre Apheleia, une sélection de photographies provenant de cette œuvre est présélectionnée pour l’exposition itinérante FOTOFIMIC 2018 se déroulant à San Francisco, Séoul et Vancouver. Elle sera également présentée au SKG Bridge Festival organisé par le Musée de la photographie de Thessalonique en Grèce en mai. Néanmoins, le livre en tant qu’objet rassemble l’essence de l’idée entre les photos et le récit.

Qu’est-ce qui a guidé vos choix formels pour ce livre (type de papier, de reliure, format…) ?

Le livre est un objet fait à la main permettant au lecteur de plonger visuellement dans une histoire. C’est un objet physique qui inspire et facilite une expérience totale. J’ai utilisé deux types de papier ; le premier plus solide pour la partie photographie et le deuxième plus transparent pour les textes à la fin du livre. La reliure ouverte de la tranchefile ajoute une touche fragile au travail lui-même. La confection d’un livre à la main, plongeant dans chacune de ses parts, avant d’y voir émerger un tout  est un processus incroyable.

Vous avez présenté une maquette pour « Bring your photobook » ? Quelles seront les prochaines étapes de ce projet ?

J’ai travaillé sur la production de ce premier prototype avec AKINA books et Void. Depuis lors, le projet s ‘est étoffé de nouvelles images que j’aimerai intégrer à la version finale du livre, version sur laquelle je travaille actuellement. Dans le but de réaliser cet objectif, j’assisterai en avril à l’atelier Stairway to the Photobook: From Pictures on the Wall to Printed Matter- A workshop with AKINA books organisé par l’ISSP en Lettonie. La concrétisation du projet passera ensuite soit par la recherche d’un éditeur, soit par une auto-publication.

Découvrez les autres projets photos de Ionna Sakellaraki sur son site et son compte Instagram ou Facebook.


Pour rappel, le festival invitait tous les photographes à déposer gratuitement la maquette de leur livre non publié ou leur livre auto-édité pour les faire découvrir au public et aux professionnels présents pendant le festival.

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