Sarah Seené

Vibrer !

Sarah Seené

1144 1800 Boris

Sarah Seené

Qu’est-ce qui, en photographie, vous fait vibrer ?

La chaleur grisante que je ressens chaque première fois où je rencontre un(e) jeune aveugle pour le/la photographier.

Mais aussi le moment précis où je charge ma pellicule dans l’appareil. Lorsque je sais qu’un moment de grâce est en train d’être vécu entre la personne photographiée, mon appareil et moi. La divine odeur du révélateur et celle du fixateur dans ma salle de bain. Le battement de mon cœur au moment de sortir la pellicule encore mouillée de la cuve. Et la découverte des photogrammes sur le négatif.

Chaque étape de mon processus photographique me fait vibrer, à vrai dire. Particulièrement pour le projet Fovea, si intense, organique et sensible, sur le long terme.

Quel son vous fait vibrer ?

Puisque je suis très sensible aux voix, certaines d’entre elles provoquent chez moi une émotion épidermique : celle de l’acteur Mathieu Amalric. Celle de la chanteuse Camille, celle de Bjork et celles, à l’unisson, des soeurs Cocorosie.

D’autres sons se répercutent dans tout mon corps : celui des vagues contre les rochers en Bretagne. Le ronronnement de mon chat quand il me réveille à l’aube. Quand mon amoureux chantonne des chansons avec mon surnom. L’accordéon sous les doigts de Maman. Le tonnerre, la fenêtre ouverte, les soirs d’été orageux à Montréal.

Et puis, je vibre, lorsque j’enregistre la voix des jeunes aveugles pour mon projet Fovea, sous sa forme sonore. Un aperçu avec celle d’Alex qui, j’en suis certaine, vous procurera ce même frisson : 

Invitée par BrowniE, Sarah Seené (France/Canada, 1987) est une artiste visuelle française basée à Montréal (Québec, Canada). Son univers, onirique et poétique, met en lumière des visages, des corps, des humains, où la question de l’intime est centrale. Ses photographies ont été exposées dans plusieurs expositions personnelles et collectives en Europe et en Amérique du Nord.

La Biennale de photographie en Condroz et BrowniE sont très heureux d’accueillir sa première exposition en Belgique ! L’accrochage de Fovéa intégrera spécialement une signalétique en braille.

« Mon travail photographique est presque exclusivement analogique. Mes séries sont le fruit de recherches axées sur le concept de résilience dont parle le neuropsychiatre français Boris Cyrulnik. Cette résilience s’est d’abord inscrite dans mon travail par l’intermédiaire de plusieurs séries d’autoportraits au cœur desquelles j’ai moi-même incarné l’objet de mon étude. Il s’agissait alors de questionner mes propres contours face à l’adversité née de plusieurs drames personnels, nichés dans l’enfance et l’adolescence. (…) En 2017, mon travail prend un tournant plus documentaire. J’entame alors un projet important intitulé Fovea qui met en lumière des jeunes québécois malvoyants et aveugles. La résilience est ici évidente et extraordinairement palpable. Fovea rassemble à la fois des photographies 35mm Noir et Blanc développées à la main, des documentaires sonores ainsi que des descriptions d’images en braille et en gros caractères afin de garantir une accessibilité totale et pour tous au moment de l’exposition. Au delà de la poésie des images, c’est un regard tendre et lumineux que ce travail vise à relater, avec force et bienveillance. » (S.S.)

www.sarahseene.com

Re-lisez l’interview de Sarah au sujet de sa série Fovea.


Les photographies sont à voir chez Pierre Geurts et Florence Monfort (Ossogne, 11 – 5370 Ossogne).

La signalétique de l’exposition a également été imprimée en braille afin de la rendre accessible à un certain nombre de personnes atteintes de handicap visuel.

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