L’enchantement IIKKI Books

L’enchantement IIKKI Books

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Un projet singulier : IIKKI Books, une forme d’édition rassemblant un livre photo et un vinyle spécialement composés l’un pour l’autre. Une initiative française, mais pour le premier volume, l’artiste visuelle belge Katrien De Blauwer dont l’exposition Scenes débute ce soir à Toulouse.

Son langage à elle, c’est le collage. La découpe, son click. Elle aime en effet se définir comme « une photographe sans appareil photo » et évoque une démarche « post-photographique ».

Réutilisant des photos réalisées par d’autres, notamment pour des vieux magazines de cinéma, elle fait naitre de nouvelles images. Pas de lentille pour définir les cadres, mais des surfaces de papier. La part importante laissée au hors champ embrase l’imaginaire.

En photographie, l’editing arrive « tard » dans le processus créatif. Il en représente le point de départ quand il s’agit de collage. Entre sélection (qu’elle décrit comme presque instinctive) et narration, coupures et collisions, motifs récurrents et emboitements neufs, Katrien De Blauwer compose des images élégantes et troubles. Des incidents visuels qui murmurent de l’intime et de l’universel.

Nous avons voulu apprendre plus sur IIKKI Books et le choix de Katrien De Blauwer pour le premier livre édité. Des questions comme point de départ de l’interview du créateur du projet, Matthias, que l’on aurait volontiers développée en plusieurs tomes…

Comment et pourquoi cette forme d’édition singulière ? 

Tout est venu d’une idée simple : la série. J’aime le travail en série. La répétition et la boucle sont d’ailleurs des thèmes récurrents dans certaines musiques contemporaines ou plus anciennes, dites traditionnelles, voire primitives. Je suis très proche de cela… et cela m’a amené à penser IIKKI sous forme de séries.

Je suis parti sur trois publications pour une série par an, au départ pour une question de budget et de temps. Mais aussi parce que j’aime bien les triptyques : cela permet d’avoir une cohérence et une palette riche, sans trop se perdre.

En réfléchissant avec Rémi, mon ami designer graphique avec qui je travaille pour ce projet, nous avons mis des idées en place, fait des choix. La fente centrale sur la première de couverture évoque la fenêtre par laquelle on regarde. Une fente comme un entrebâillement ; on regarde sans tout voir. C’est un peu l’œil du photographe, l’idée d’être dans l’ombre et de mettre en lumière. Le rond embossé sur le dos du livre, en première et quatrième de couverture est une proposition de Rémi, très bien pensée : ce rond à la taille exacte du macaron central des vinyles. Le logo embossé en quatrième de couverture reprend le mot IIKKI.

Tout cela pour en revenir à la volonté d’une identité forte… mais sans montrer nécessairement ce à quoi peuvent s’attendre les gens. Ils doivent ouvrir le livre pour comprendre le projet… s’y plonger doucement.

Lors de nos premières rencontres avec le public pour notre première série (aux Rencontres photographique d’Arles, au Bal à Paris), certaines personnes pensaient d’abord être 3 fois face au même livre ! Puis ils mettaient le casque sur leurs oreilles, feuilletaient les pages… et à la fin, leurs regards avaient changé.

Voir des images sous l’angle du sonore (et inversement) change tout. J’aime bien ce jeu, cette « conversation ». Plasticien et photographe de formation, je suis passionné d’art et de musique. J’ai enregistré plusieurs albums sonores, sur des petits labels indépendants de la scène électronique/ambient/experimenale/électroacoustique. Je n’avais encore jamais vraiment vu de projet complet comme celui-là : une série, du visuel, du sonore. C’est pour cela que j’ai voulu m’y coller !

IIKKI BOOKS… d’où vient ce drôle de joli nom ?

Il fallait un nom simple, mais avec une identité graphique et sonore forte. Je cherchais des mots en rapport avec la musique ou l’image. De fil en aiguille, après plusieurs recherches, j’ai trouvé « musiikki » en finnois. En isolant la fin du mot, cela donnait IIKKI.

Toujours avec Rémi, nous avons découvert que cela renvoyait aussi à une notion de « révolte spontanée » en japonais, en lien avec des soulèvements contre l’autorité aux XVe et XVIe siècles.

C’était parfait : le nom du projet était là !

Comment associez-vous photographes et compositeurs ? 

Je choisis les compositeurs et les photographes moi-même, par goût, inspiration, instinct. J’édite ce que j’aime, tout simplement !

Lorsque que je sens que tel artiste pourrait fonctionner avec tel autre, je leur fais des propositions. Généralement, je leur laisse une marge de manœuvre et présente 3 choix à chacun (l’artiste visuel par exemple peut choisir parmi les 3 artistes sonores que je lui propose). Une fois que les envies concordent, le projet peut commencer !

Pour le moment, je n’accepte pas de propositions. J’ai déjà de côté une liste avec une douzaine de musiciens et d’artistes visuels avec lesquels j’aimerais travailler. Certains projets sont déjà en cours pour 2018.

Pourquoi avoir ouvert cette collection avec le compositeur Danny Clay et l’artiste visuelle belge Katrien De Blauwer – ce qui nous intéresse évidemment tout particulièrement ?

J’ai découvert par hasard les travaux de Katrien De Blauwer, et je suis tombé amoureux tout de suite. C’était une évidence que ses travaux se poserait parfaitement sur la musique de Danny Clay, qui était lui prévu depuis le départ pour la première sortie. J’avais travaillé plusieurs fois avec lui auparavant, et c’est une personne merveilleuse, humainement et artistiquement. Il travaille sur beaucoup de projets différents et ouvre beaucoup de champs, sans jamais s’enfermer dans une étiquette, un milieu, un style.

J’ai un profond respect et une reconnaissance toute particulière à l’égard de ces quelques trop rares artistes : humble, talentueux et en permanentes recherches. Katrien est proche de cela aussi. Du peu que je la connaisse (nous nous sommes rencontrés cet été à Arles), elle dégage quelque chose d’impalpable et de fort. Un regard curieux, presque enfantin, mais avec une beauté sans concession, presque sombre dans ses images où les corps se croisent, coupés, intemporels. Ses travaux me font également penser à des séquences de cinéma, proche de réalisateurs de la nouvelle vague ou autres, sans en citer…

Tout cela pour dire que ces deux artistes ensemble, ça ne pouvait être qu’une belle expérience ! Hors du temps, poussiéreuse dans le bon sens du terme. J’aime les marques du temps. Nous n’y échappons pas, et la douceur mêlée à cette poussière c’était très beau pour moi. J’espère que Stills en donne l’empreinte.

Quels sont vos projets à venir ? 

La nouvelle série vient de commencer et est en précommande depuis quelques jours. Mythologies / IIKKI 004 présente Erwan Morère pour la photographie. Un artiste talentueux et intègre également, dont j’aime énormément les travaux. Masaya Ozaki & Kaito Nakahori sont les invités pour la partie musicale.

Cette « saison », nous changeons de format (il sera légèrement plus petit), de design, et nous axons sur la photographie noir et blanc. La nouvelle série rassemblera donc 3 visions différentes, avec, comme la précédente, un même papier pour voir les rendus des travaux dans un même élément : le livre. Pour le moment, il est possible d’avoir une idée de la série à venir et de la première publication ici : https://www.iikki-books.com/news

Avec quel.le.s artistes belges, photographes, compositeurs ou compositrices, rêveriez-vous de travailler ? 

J’ai toujours été un grand admirateur de Jan Fabre et de Baudouin de Jaer. J’aime également beaucoup les travaux de Berlinde De Bruyckere. Publier un de ces trois artistes ferait mon plus grand bonheur ! Mais IIKKI avançant à petit pas, rien n’est fixé.

En ce qui concerne d’autres artistes belges… il y en a tellement pour un si petit pays, qui sont talentueux, humbles, et pour la plupart avec un humour que nous n’avons (malheureusement) pas en France. Ce serait donc long à citer.

Quoi qu’il en soit j’ai toujours aimé la Belgique. C’est un peu idiot ou simple dit comme cela, mais c’est vrai. Je ne sais pas si c’est lié à mes racines qui viennent de là-bas, de mon sang, je n’en sais rien. Mais quand j’y suis, je m’y sens bien!

Les points de vente belges des publications de IIKKI Books sont pour l’instant le Pêle-Mêle de Waterloo, TipiBookshop et Copyright Bookshop. Stills, le volume de Katrien De Blauwer et Danny Clay n’est pratiquement plus disponible… déjà un collector !

L’exposition Scenes et présentée du 8 novembre au 7 janvier au Château d’Eau à Toulouse, dans le cadre du festival Graphéine, organisé par le réseau PinkPong avec la collaboration de la galerie Les Filles du Calvaire (Paris).

Katrien De Blauwer est par ailleurs représentée à la 21e édition de Paris Photo, qui se déroulera de ce vendredi 9 au dimanche 12 novembre.

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