Here, Waiting – Maroussia Prignot et Valerio Alvarez

Here, Waiting – Maroussia Prignot et Valerio Alvarez

1286 857 Justine

Nouveau retour vers le Liège Photobook festival avec une autre de nos maquettes coups de coeur : Here, Waiting de Maroussia Prignot et Valerio Alvarez. Formellement riche et inventif, un concentré de vie et d’humanité.

Maroussia, pouvez-vous retracer brièvement votre parcours photographique ? 

Notre première formation, à tous les deux, se situe dans le champ de la santé mentale  : Valerio est ergothérapeute, je suis psychologue. Nous travaillons ensemble depuis des années dans un centre de jour psychothérapeutique, dans lequel nous animons des ateliers. Valerio s’est ensuite formé à la photographie à l’Académie des Beaux-Arts de Wavre, puis à Blank Paper online avec Julián Barón, avec qui il continue à travailler. J’ai depuis longtemps utilisé la photographie, en combinaison avec d’autres techniques comme le collage ou le dessin, sans avoir suivi de cursus formel. En septembre 2017, nous avons participé ensemble à une Masterclass de cinq jours avec Max Pinckers. Cela a été le point de départ de la création du dummy.

Parlez-nous du projet photo au coeur de votre publication…

Here,waiting est un projet qui a pour volonté de témoigner de la vie quotidienne des personnes qui vivent temporairement au Centre d’accueil pour demandeurs d’asile de Jodoigne.

Le point de départ, c’est l’improvisation d’un camp de réfugiés dans le parc Maximilien à Bruxelles, en août 2015, et son démantèlement en octobre. La commune a abattu tous les arbres pour cause officielle de « dépérissement dû à l’âge », ce qui a eu pour effet collatéral de rendre impossible toute installation de tente. Dans le livre, les photographies en noir et blanc sont les images de ce prologue au travail qui nous occupe depuis.

A partir de là, notre intérêt s’est porté sur les conditions de l’accueil des demandeurs d’asile organisé par l’Etat belge. Avec en filigrane les questions de l’exil et de l’identité : Qui sont ces personnes et qu’attendent-elles de l’Europe ?

Nous avons alors été frapper à la porte d’un des nombreux centres gérés par Fedasil (l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile), et nous avons obtenu l’autorisation d’entrer et de rencontrer ces personnes en attente d’une réponse du Commissariat Général aux Réfugiés et aux Apatrides (CGRA). Nous avons décidé d’emblée de nous concentrer sur un seul lieu, et d’y revenir souvent. Notre souhait était – et est toujours – de créer du lien, de l’échange d’expérience, de la rencontre, et nous savons que cela demande du temps.

Nous avons utilisé différentes manières de photographier, sans disqualifier a priori aucune forme d’image. Un première forme – documentaire – nous a permis de déambuler dans les artères extérieures du centre, d’être vus, de faire un peu partie du lieu. Puis nous avons été invités à entrer, dans les couloirs, dans le réfectoire, dans la chambre de certains, et dans l’intimité des images de leurs smartphones.

Dans un second temps, nous avons créé un espace d’atelier autour du portrait  : installation d’un studio de fortune, quelques feuilles bleues en guise de fond sur le mur, un flash, une chaise. Nous avons photographié les personnes, imprimé directement le portrait, puis nous avons proposé à chacun d’intervenir sur son image, avec des marqueurs, des pastels. L’idée qui nous anime est de donner la parole aux participants et de les inviter à s’approprier leur image, à co-construire le portrait avec nous. Travailler avec l’image et le dessin est une manière de surmonter la difficulté de la langue que nous ne partageons pas toujours.

Dans la continuité de ces ateliers, l’installation des images, avec les enfants participant à l’atelier, en grand format sur des murs extérieurs des bâtiments du centre a produit un espace d’échange supplémentaire. Cette installation a été réalisée à l’occasion de la Journée Porte Ouverte.

Dans un troisième temps, nous avons réalisé des portraits à la photocopieuse. L’utilisation d’un outil administratif comme la photocopieuse renvoie à la question de l’attente suspendue de la réponse administrative des résidents du centre, ce courrier qui décidera de leur sort : un « positif » ou un « négatif » à leur demande d’asile. Cette manière de créer une image est très « basique », très directe. Elle s’imprime sur un papier ordinaire, ce qui raisonne ironiquement avec l’importance de l’attente de « papiers ». Dans le livre, les photocopies sont imprimées sur l’autre face des documents administratifs nécessaires à la procédure de demande d’asile et que l’on trouve librement sur Internet.

Vous avez travaillé à quatre mains, quatre yeux et deux cœurs pour ce projet ? Comment s’organise votre collaboration ? Comment se réparti le travail ?  

Nous nous sommes rencontrés dans le cadre de notre travail en psychiatrie, nous avons donc l’habitude de travailler ensemble, avec une connivence évidente dès le départ. La collaboration et la répartition du travail pour ce projet de livre se fait du coup très naturellement, chacun allant vers où il se sent le plus à l’aise. Nous avons toujours animé les ateliers à deux, mais pour le reste nous nous sommes partagé les différentes tâches, puis nous avons mis tout en commun…

Le fait de travailler à deux sur un projet comme celui-là est fantastique à plusieurs égards. D’abord, le fait de ne pas être seul, de pouvoir compter sur l’autre, c’est très important quand on utilise un dispositif d’ateliers et de rencontres. Ensuite, nous ne sommes pas toujours d’accord, ce qui crée de la tension, mais dans le bon sens du terme. Une mise en tension qui oblige à chercher, à changer d’avis, à s’ouvrir aux objections de l’autre, et qui finalement permet de multiplier les niveaux de lecture et de réflexion. Mais ça demande aussi de pouvoir s’organiser, d’avoir une certaine rigueur, de s’accorder.

Pourquoi avoir choisi la forme d’un livre photo pour présenter ce travail ? A-t-il fait ou fera-t-il également l’objet d’une exposition, d’un site web dédié, de comptes sur les réseaux sociaux… ? Si oui, comment s’articulent ces différents modes de partage au public ? 

D’abord, parce qu’on aime tous les deux les livres, autant qu’on aime la photographie. Nous avions envie d’apprendre cet aspect-là du travail photographique. Ensuite, parce qu’on estimait que c’était une manière intéressante de faire se connecter toutes ces images différentes, les photos, les dessins, les documents administratifs, de les mettre en tension.  Nous avions aussi envie de finaliser ce projet dans un objet un peu « précieux », qui rend hommage aux personnes qui se sont prêtées au jeu et se sont laissées photographier.

Une prochaine étape sera de créer un site internet, et de rendre ce contenu, et d’autres encore, accessible facilement. Notre manière de travailler consiste à créer des actions qui sont des prétextes à échanger, à se rencontrer. Nous avons par exemple été dans une école d’architecture montrer notre projet aux étudiants qui travaillaient sur le thème de la migration. Nous les avons mis à contribution et leur avons demandé de faire des propositions concrètes d’aménagement des espaces pour la journée porte ouverte du Centre de Jodoigne. Ils ont donc dessiné sur des photocopies… Nous avons envie de continuer dans cette voie, et de pouvoir rassembler tout ce matériel sur un site Internet.

Par rapport à une exposition, rien n’est prévu, mais nous sommes ouverts à toute proposition évidemment  ! Et nous sommes très heureux d’avoir une boite à la Fusée de la Motographie de Bruxelles, ce qui est une autre manière de faire voyager nos images…

Qu’est-ce qui a guidé vos choix formels pour ce livre (type de papier, de reliure, format…) ? 

Nous avions envie de créer la maquette du livre nous-même du début à la fin, nous avions donc une contrainte de faisabilité… Nous avons choisi un format plutôt petit, facile à manier, intime, pas prétentieux, qui nous semblait fonctionner avec le contenu du livre. Le choix de différentier les papiers, entre les photographies et les photocopies/documents administratifs était assez évident dès le départ, puisque cette notion de « papiers » était très présente dans notre esprit.

Vous avez présenté une maquette pour Bring your photobook ? Quelles seront les prochaines étapes de ce projet ?  

Nous avons envoyé notre maquette à d’autres concours de Dummy, et nous allons continuer. Nous pensons à faire une autopublication, peut-être financée par un crowdfunding…


Le site Internet de Maroussia Prignot et Valerio Alvarez est en construction, mais n’hésitez pas à leur écrire (moc.l1532255498iamg@1532255498oirel1532255498av.ai1532255498ssuor1532255498am1532255498).

Pour rappel, le festival invitait tous les photographes à déposer gratuitement la maquette de leur livre non publié ou leur livre auto-édité pour les faire découvrir au public et aux professionnels présents pendant le festival.

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