Juin 2020

10juin(juin 10)12 h 00 min06sept(sept 6)18 h 00 minTelPierre Toussaint Catégorie:ExpositionRégion:Bruxelles

Dates et horaires

Juin 10 (Mercredi) 12 h 00 min - Septembre 6 (Dimanche) 18 h 00 min

Lieu

Contretype

Cité Fontainas, 4A 1060 Saint-Gilles

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Détails

L’espace photographique Contretype présente simultanément trois expositions : Beth-el de Guilyan PépinTumbleweeded de Johan Poezevara et Tel de Pierre Toussaint.

Pierre Toussaint – Tel 

« Ce qui me semble le plus beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se endrait de lui-même par la force interne de son style, […] un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. »

Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet du 16 janvier 1852

Tel, la plus récente réalisation de Pierre Toussaint, fait montre d’une certaine radicalité.

« Dans l’absence d’un quelconque sujet d’abord, comme s’il s’agissait d’un travail sur rien. Dans l’évitement de la contextualisa on ensuite. Ici, pas d’indica on de lieu – comment devinerait-on que ces images ont été prises au Vietnam ? – et pas d’indica on d’époque, si ce n’est celle évidente que l’on est à l’ère de la photographie. Dans la modestie de la forme enfin même si l’on pourrait croire qu’elle est par défaut au centre des préoccupations du photographe : pas d’esthétique spectaculaire, pas de contraste exacerbé, pas de plongées ni de contreplongées vertigineuses…

En bref, dans cet ensemble d’images on ne trouve ni récit ni volonté de description de ce qui a été, pas plus que d’esbroufe de la forme d’ailleurs. Mais quoi alors ? Sans aucun doute un attachement à la syntaxe de l’image photographique ; au rapport du flou et du net, à leur texture respective, à la distinction du flou de mise au point et du trouble du bougé, aux gris, à leurs dégradés. au grain d’argent et à ses miroitements, au papier et à sa brillance. Autant d’attachements qui dénotent en l’auteur un amoureux de l’intime matière de la photographie argentique.

Ce n’est donc pas un hasard si Tel, l’intitulé concis de ce travail fait référence aux Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes : « Je serai semblable à l’infans qui se contente d’un mot vide pour montrer quelque chose : Ta, Da, Tat (dit le sanscrit). Tel dira l’amoureux : tu es ainsi, précisément ainsi… ». C’est bien entendu là une manière d’indiquer d’emblée une volonté de rester en deçà de l’objet montré à la façon du haïku qui – toujours selon Barthes, mais dans L’empire des signes – « s’amincit jusqu’à la pure et seule désignation ». C’est surtout là une manière de rester à l’orée de la fascination amoureuse, d’en préserver la fragilité.

Ce qui n’empêche évidemment pas de la dire haut et fort, comme ici, par des rages imposants et dans la troisième dimension sculpturale d’encadrements de métal. Bien plus qu’une esthétique, il faut voir dans cette finition une mise cohérente et en définitive l’accomplissement d’un style. Un style ? Flaubert encore, Flaubert enfin : « C’est pour cela qu’il n’y a ni beaux ni vilains sujets et qu’on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses. »

Jean-Marc Bodson


Exposition accessible du mercredi 10 juin au dimanche 6 septembre chez Contretype (4A, cité Fontainas – 1060 Bruxelles). Elle est présentée simultanément avec les expositions Beth-el de Guilyan Pépin et Tumbleweeded de Johan Poezevara

La galerie est accessible au public du mercredi au vendredi de 12 à 18h, samedi et dimanche de 13 à 18h, sauf jours fériés.

Fermeture annuelle du mercredi 15 juillet au dimanche 16 août inclus.

 

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